Les rues qui étaient des fleuves

Où sont passés les torrents et les cours d'eau qui baignaient Athènes ?

 

Un article tiré du journal "To Pontiki" qui reproduit un texte paru dans le "Kathimerini"

Pour voir le texte original sur le site du "Pontiki, c'est ici

 

Les rues qui étaient des fleuves (avant qu’elles ne soient comblées, bétonnées)

 

Avec chaque pluie forte, des artères centrales du bassin athénien se changent en fleuve. Au-delà d’un manque d’infrastructures, on peut rappeler en guise d’explication qu’autrefois ces rues étaient véritablement des fleuves.Dimitris Lamba publiait, il y a quelques temps, dans le « Kathimerini » un article qui nous guide dans une Athènes aujourd’hui souterraine, mais qui ressurgit à la lumière à la première averse.

 

On a comblé 800 kilomètres de « cours d’eau»

 

« …La tempête était tellement violente que le fleuve avait enflé. Le pont fut emporté, et Athènes coupée en deux. La nouvelle se répandit de bouche en bouche, semant la peur chez les habitants de la ville …» Quand est-ce arrivé ? En 1852. Quel était le fleuve qui débordait ? L’actuelle rue « Stadiou ».

 Les fleuves continuent à couler sous les rues d’Athènes. Sous un grand nombre de constructions, le long de la rue, on peut pomper de l’eau, avec une installation hydraulique, et les forages réalisés par l’Institut d’études géologique et minéralogique d’Athènes ont démontré que la plupart des rues d’Athènes cachent un torrent ou un fleuve souterrain, parmi lesquels : l’Illisos, l’Eridanos, le Kiklovoros, (Κυκλόβορος), le Likorema (Λυκόρεμα), le Vourlopotamos (Βουρλοπόταμος) , le Voïdopniktis (Βοϊδοπνίχτης), l’Alassonas (Αλασσώνας ).

Selon une étude, les cours d’eau à ciel ouvert couvraient en 1945 une longueur de 1280 km et aujourd’hui 434 km seulement, c’est à dire, une baisse de 66,4%. 

En  conséquence, d’après l’étude de l’Institut, il y a quelques années, 80% des eaux de pluie étaient absorbées par le sol et à peine 20% tombaient dans la mer. Aujourd’hui ces chiffres ont dramatiquement changé.

 Il est clairement établi que les phénomènes d’inondation qui, souvent, touchent le bassin athénien, ne sont pas « un coup de tonnerre dans un ciel serein » mais le résultat de nos choix et du développement erratique que nous suivons.

 Et les chiffres sont édifiants : après la seconde guerre mondiale, les surfaces construites à Athènes couvraient 25% du bassin. Après 1975, 75% de la superficie a été transformé en  zones construites ou couvertes par le réseau routier tandis que les espaces libres représentent à peine 4%.   

 

Les cours d’eau de l'Attique, hier et aujoud’hui

 A la fin du 19ème siècle, 700 torrents, fleuves et ruisseaux traversaient le bassin athénien. En 1999, leur nombre était en dessous de 70 (c'est-à-dire, moins de 10%) et aujourd’hui, il ne dépasse pas 50. Où ?

Voir la carte dans l’article « original »

Χάρτης του δικτύου ρεμάτων και δομημένων επιφανειών λεκανοπεδίου Αθήνας - 1893 

Carte du réseau de cours d’eau et des surfaces construites du bassin athénien 1893

L’Illisos était le plus grand fleuve qui traversait Athènes. Il commençait sur le mont Hymette pour déboucher dans la mer. Avant, il coulait à ciel ouvert.Aujourd’hui, il coule entièrement de façon souterraine, sous l’avenue Mikalakopoulo, Μιχαλακοπούλου, passe par la rue Βασ. Σοφίας (devant le stade Panathénaïque), continue sous Καλλιρρόης, pour déboucher ensuite à Kallithea (Καλλιθέα) dans la mer.

 Les Athéniens tenaient l’Illisos pour sacré et sur ses rives, ils entretenaient des autels consacrés à plusieurs dieux, où ils célébraient les « petits mystères », lesquels étaient liés à la fois aux mystères d’Eleusis et aux cérémonies dionysiaques. Seul le lit de ce fleuve sacré, asséché et couvert d’herbes,  reste visible aujourd’hui. On a construit à ses côtés l’eglise Sainte Fotini d’Illisos. (Αγία Φωτεινή)

Dans l’Illisos se jetait l’Eridanos, qui commençait sur la colline du Lycabette et descendait par Kolonaki. Pendant les travaux du métro, place Syndagma, on a découvert son lit antique. Le fleuve continue rue Mitropoleos (Μητροπόλεως) et rue Ermou jusqu’à l’ancienne agora et parvient à Exarcheia.

 Le lit de l’Eridanos a également croisé la ligne du métro à Monastiraki, fait qui préoccupait les responsables (de la construction), car le fleuve enflait parfois dangereusement pendant les travaux. Encore aujourd’hui, le débit du fleuve souterrain est de 20-30 mètres cube d’eau par heure, et les jours de pluie son volume double et redouble et l’eau inonde l’emplacement de la Stoa Poikilè (Ποικίλη Στοά) et l’ancienne agora.

 Au Lycabette commence également le Voïdopnixtis (Βοϊδοπνίχτης) qui coule, pour une part en passant par la rue Démocrite et par la rue de l’Académie (Ακαδημίας) vers Arsakio (Αρσάκειο).  Du Tourkovounia (Τουρκοβούνια) part le Kiklovoros (Κυκλόβορος), l’un des plus grands torrents d’Athènes, qui arrivait au Champ-de Mars (Πεδίον του Άρεως) et, moyennant la rue Marni, se poursuivait place Vasis (Βάθης).

 Les quartiers de Pangrati et de Vyronas « Βύρωνα » étaient respectivement traversés par l’Alassonas (Αλασσώας)  et le Pidima tis Grias (Πήδημα της Γριάς). Dans le quartier de Faliro se jetaient le Βουρλοπόταμος (Vourlopotamos) et le Pikrodafnis (Picrodafnis). Le Podonifti (Ποδονίφτη)  coule perpendiculairement aux (anciennes ?) municipalités de Chalandri, Psychiko, Filothéi, Nea Ionia et traverse souterrainement Kifissia pour aboutir au Kifissos.

 Des études universitaires ont établi des comparaisons entre l’actuelle ville bétonnée et ses plus anciennes configurations , où des surfaces agricoles, des champs et des fleuves sillonaient l’espace. L’image des fleuves anciens qui arrosaient Athènes et absorbaient l’eau des pluies a disparu définitivement.

 Ainsi, à chaque fois qu’il pleut un peu excessivement, en raison de la sur-occupation des sols et des projets urbains successifs et aléatoires, les fleuves souterrains enflent et inondent des quartiers entiers, en nous rappelant leur ancienne existence, comme s’ils semblaient se moquer de nos efforts pour les faire disparaître.

 

 

 

 

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