Premier plan urbain pour Athènes

Le premier plan urbain pour Athènes contenait tout ce qui lui manque aujourd'hui

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Schaubert et Kleanthis : les deux premiers architectes de la nouvelle Athènes

On entend souvent parler de la problématique croissance urbaine d’Athènes, des rues étroites, des embouteillages constants, du retard des transports en commun et des mauvaises conditions en général auxquelles l’Athénien doit faire face dans sa vie quotidienne. Si nous voulons comprendre l’évolution d’Athènes, il nous faut revenir au premier projet d’urbanisme qu’avaient conçu Schaubert et Kleanthis, en 1832, avant que la ville ne soit déclarée capitale de l’Etat grec en 1834.

 

Ville pied parthenon

La ville au pied du Parthénon

En étudiant le projet topographique des deux architectes, nous constatons qu’il disposait de tout ce qui a plus tard manqué à Athènes, c'est-à-dire des rues de grande amplitude, des jardins, des places et des espaces pour les bâtiments publics. Les points essentiels étaient les quatre boulevards autour du centre d’Athènes, qui représentaient une respiration et rendaient possible une croissance future. Lignes centrales du projet, la rue Σταδίου (Stadiou)  et la rue  Πειραιώς (rue du Pirée) là où elles sont aujourd’hui, avec la différence que la rue Stadiou allait jusqu’au stade panathénaïque.  A la croisée des deux rues se trouvait le palais royal. Toisième rue essentielle, la rue Ερμού (Ermou), formant avec les deux précédentes un triangle isocèle et une surface de 2200 ares.

Un projet qui ne fut pas du goût des Athéniens

La réalisation du projet aurait eu comme résultat la réduction du nombre de propriétés privées et l’expropriation d’un grand nombre de familles, ce qui ne plaisait pas aux Athéniens qui s’insurgèrent contre les desseins des deux architectes, suscitant une vive émotion  dans la ville. C’est ainsi que le vice-roi, Maurer dut rentrer de Nauplie à Athènes pour entendre les extravagances qui se répandaient.

A entendre les habitants, les rues seraient larges de 140 pieds, la mairie ferait 400 pieds de longueur et dépasserait de 80 pieds Saint Pierre de Rome.

Aussitôt, Maurer donna l’ordre d’arrêter les travaux préparatoires du projet des deux architectes et demanda à Louis de Bavière (ndt : père d’Othon, alors roi de Grèce) de lui envoyer son architecte personnel, le Bavarois von Klenze pour étudier et réformer le projet originel.Celui-ci arriva à Nauplie en 1830, à un âge déjà avancé et se mit tout de suite au travail, pour construire Othonopolis. Sa première préoccupation était l’Acropole, qui était dans un état pitoyable et sans aucune protection contre les voleurs de marbre, vu que son premier gardien, Pittakis*, n’arrivait pas à tenir le lieu.

Parthenon fouilles

 Des fouilles nécessaires

Les ajustements de Klenze furent malheureusement regrettables pour l’évolution urbaine d’Athènes et dictés par des visées politiques. Au contraire des deux architectes qui avaient interdit la construction autour de l’Acropole pour préserver les monuments et permettre les fouilles indispensables, celui-ci autorisa de nouveau la construction dans ce quartier, où bâtirent en premier les deux artisans-maçons d’Anafi, Georges Damigos et Marcos Sigalas, bientôt suivis d’autres Anafiotes.  Quand d’autres maisons eurent poussé et que le quartier eût grandi, il fallut lui trouver un nom. Beaucoup proposèrent « Niktoxori » (Νυχτοχώρι) comme nom de baptème, puisqu’un grand nombre de maisons avaient été construites nuitamment. (ndt : de νύχτα qui signifie la nuit).  Finalement, en l’honneur de ses premiers « colons », le quartier fut appelé Anafiotika, et il est encore connu sous ce nom aujourd’hui. 

Le projet de Klenze pour Athènes

Le projet de Klenze ne respectait pas, (comme les précédents), les monuments bysantins et le comble était atteint par le tracé de la rue Ερμού (Ermou), qui, tel qu’il était, exigeait la démolition de Καπνικαρέας Kapnikaréa, fort heureusement sauvée plus tard.

Kapnikarea

Kapnikarea qui devait être démolie

Il diminuait la largeur des rues, rabotait les places, déplaçait le palais royal d’ Ομόνοια (Omonia) à Κεραμεικό (Kerameikos) – (où il ne sera d’ailleurs pas construit non plus) abondonnait l’idée d’un quatrième boulevard, tel qu’il figurait dans les précédents projets pour donner une respiration à la ville ; la rue Σταδίου (Stadiou) , qui arrivait jusqu’au stade, était désormais sans issue, on la faisant dévier en direction de la Plaka ; enfin, l’étendue  du projet était limitée à 754 ares. Le plan installait un bloc de maison place Syndagma, coupait la rue Πατησίων (Patission), créant le quadrilatère de la rue θεμιστοκλέους (Thémistocle) jusqu’à la place Ομόνοια (Omonia), réduisait la rue Ευρίπιδου (Euripide) de 30 à 10 mètres, pensant que la capitale n’avait pas besoin de s’étendre au-delà de φιλοπάππου (Philopappou) et de la λόφος των Νυμφών (colline des  Nymphes).

Le 18 septembre 1834, le projet de Klenze fut avalisé, après avoir subit un certain nombre de changements et après qu’on eût  fait la terrible erreur de ne pas soutenir le projet de Kleanthis qui aurait donné un autre visage à Athènes que celui qu’on lui connaît aujourd’hui, avec ses problèmes de communication et de circulation.

Après l’élaboration et le soutien du projet de Klenze, il y eut constamment des modifications (1837, 1843, 1847, 1856, 1860, 1862, 1864, 1919) qui continuèrent à créer de nouvelles difficultés pour le développement urbain d’Athènes. Heureusement que, alors qu’on mettait en oeuvre le projet de Klenze, Kleanthis fut investi de responsabilités au sein de la commission nouvellement créée, en charge du développement immobilier, et qu’il créa l’avenue Πανεπιστημίου (Panepistimiou) d’une largeur de 32 mètres au lieu de 12, comme prévu dans le projet et fit d’autres changements salutaires. Tandis que Kleanthis aurait travaillé à titre gracieux, par amour de la patrie et de son patrimoine archéologique, Klenze reçut la mirifique (pour l’époque) somme de 24 000 drachmes.

Au cours de la mise en œuvre du projet, il fut également décidé l’ouverture de rues essentielles comme Αιόλου, Αθηνάς et Ερμού, transformant en sans abris ceux qui avaient réussi, tant bien que mal et après mille privations, à reconstruire leurs modestes logements détruits. Tous ces problèmes inhérents au projet ne pouvaient que susciter  la construction anarchique et erratique qui régnait, avec, pour conséquence, que les Athéniens construisaient où et comme il leur plaisait. Les empiètements entre parcelles voisines étaient fréquents et nombreuses les querelles entre propriétaires.

Une première loi portant sur la construction

Pour cette raison, le 9 avril 1836 fut publié, dans le journal officiel du gouvernement le premier texte de loi portant sur la construction, en 12 articles, qui tentait de mettre de l’ordre dans l’anarchie immobilière existante et l’arbitraire qui régnait et définissait les règles et les conditions concernant  la construction.  Ainsi, celui qui construit devra respecter les nouvelles normes (ndt.) (…) qui limitent les surfaces constructibles à 200 coudées. Les maisons des rues … auront un rez de chaussée et un étage supérieur, et formeront un rang continu et sans rupture. A la même époque, on publie un décret portant sur l’impôt sur les constructions, qui est défini à 7% du loyer convenu.

"Athènes, diamant au doigt de la terre"

Tout ceci est très loin de l’Athènes d’aujourd’hui, où le modèle de construction (des maisons modernes) est l’immeuble de moyenne hauteur. Les immeubles qui ont été construits dans le centre et la périphérie ont pris la place des maisons néo-classiques d’une grande valeur architecturale et qui représentaient une partie de notre histoire. Ainsi, d’une part les bâtiments  des années 60, 70, bâtis par des entrepreneurs et promoteurs immobiliers, avec la méthode de l’antiparochi, souvent sans la moindre étude architecturale, et d’autre part les constructions anarchiques en constante augmentation, ont transformé Athènes en une capitale moderne impersonnelle, qui reste pourtant « un diamant au doigt de la terre », comme on peut le lire dans le poème de Palamas.

 Maison n o classique

le style néo-classique

* Kyriakos Pittakis, qui fut conservateur du Musée d’Athènes et fondateur de la première revue archéologique grecque, patriote fervent et combattant de la guerre d’indépendance

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