Un rêve moderniste : l'immeuble bleu

une architecture pionnière et un lieu d'utopie sociale

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L’immeuble bleu reprend des couleurs

« C’est très beau » aurait écrit dans l’entrée du célèbre immeuble bleu, le premier grand immeuble construit à l’angle des rues Themistocle et Arachovis, le maître du modernisme Le Corbusier, quand il le visita en 1933, avant même son achèvement.Ses écrits ont été effacés par le temps, les murs se sont couverts de graffitis, d’affiches, et le bleu a passé, prenant des tons gris-bleus indéterminés.

Et pourtant, au moment où il  parvenait aux dernières extrémités, l’immeuble historique va retrouver ses couleurs. Il va être repeint en bleu sur la plus grande partie de sa surface, avec des touches de blanc et des touches de terre-cuite rappelant de nouveau l’immeuble de cinq étages dessiné par le pionnier de l’architecture moderniste K. Panayiotakos et valorisé par la palette de couleurs du peintre Spiros Papaloukas.

 « Dans nos projets immédiats, il y a la peinture et la restauration des extérieurs et des espaces communs intérieurs » confirme Chistos Pollakis, gérant et propriétaire d’un appartement dans le célèbre bâtiment. « Jusqu’à aujourd’hui, cela n’avançait pas parce que les coûts étaient très élevés mais enfin, nous sommes parvenus à une solution. Nous avons déjà retenu des offres et les travaux ne vont pas tarder. Mais entre temps, on a dû faire face à un certain nombre de problèmes de fond ; on a changé les conduits d’évacuation des eaux, la cabine de l’ascenseur, on a mis du chauffage au gaz , on a fait des travaux d’isolation de la terrasse ».

 Des livres et de la musique

 Il semble que l’immeuble bleu va être rénové de fond en comble. Le coup d’envoi est donné par le Floral, le café-patisserie historique qui ouvre de nouveau mercredi prochain avec une nouvelle direction et une offre renouvelée. En plus du café, on servira également, de la musique « live » et des livres, puisque les maisons d’édition « Οξύ» et « Εμπειρία Εκδοτική » en ont repris la direction.

 Le vieux Floral, qui avait ouvert pour la première fois en 1936, était l’endroit préféré de Freddy Germanos, Stavros Xarhakos, Iannis Fertys, Georges Mikalokopoulos, Leonida Kyrkos, café d’artistes et lieu de rendez-vous des habitants d’Exarcheia.

 Aujourd’hui, le nouveau Floral, Books + Coffee conserve son architecture classique héritée du Bauhaus et certains éléments aisément reconnaissables : les grandes baies vitrées avec vue sur la place, la tapisserie, d’imposantes colonnes, l’escalier de marbre. Il s’étend sur 300 mêtres carrés et s’articule sur 3 niveaux. Le café et les boissons sont servis dans une salle sous un très haut plafond, où trône un grand banc.

 En descendant quelques marches, on se trouve au cœur des gradins et de la scène. Dans le fond, la librairie avec les nouvelles parutions que l’on peut feuilleter à sa guise en s’installant à des tables. Ici auront lieu des événements tels que des présentations de livres et des débats. On a même pensé aux petites tables pour un café et une cuisine légère.

Un lieu de rendez-vous

« Le lieu va revivre grâce à l’architecte Stefano Psilaki et l’intervention de Pari Koutsikos, dans le respect de son esthétique et de son histoire » fait observer la responsable de la communication du Floral, Margarite Sirkou. « Nous souhaitons qu’il devienne un lieu de rencontre au cœur de la ville ; que les écrivains y signent leurs livres pour leurs lecteurs et qu’ils puissent y présenter leur travail, que les artistes y donnent des concerts, que les producteurs de musique et les DJ puissent s’y produire.

 La place Exarcheia  a toujours favorisé les contacts. Au début du vingtième siècle, il y avait ici un café pittoresque avec des tables dans l’ombre d’un très grand arbre que le peintre Spiros Basileiou  a représenté dans sa composition « lumière et ombre ».

 Mais l’élément qui rendait unique l’immeuble bleu était un espace collectif, qui était ouvert au niveau de la terrasse. Comme l’écrit Maro Kardamitsi-Adami dans son ouvrage « l’immeuble bleu » (ed. libro) : « la terrasse était un lieu de 500 mêtres carrés qui était destiné  aux réunions des locataires, en leur donnant la possibilité de discuter, de jouer aux cartes, et de se divertir ».

 « Ce lieu, comme l’avait dit joliment Leonidas Kyrkos, qui habita un temps l’immeuble bleu, était l’occasion de nouer des contacts et de faire connaissance et aidait à dépasser les fanatismes et les fièvres, car chacun voyait l’autre, non pas comme quelqu’un d’éloigné, mais comme quelqu’un de familier, avec lequel il partageait la vie de tous les jours ».

 A la place de cet espace commun, on a fait de petits appartements. C’est le changement le plus important apporté aux conceptions architecturales de l’immeuble bleu, qui représente l’indice d’une rationnalisation, et se caractérise par des formes dynamiques, les alternances intérieurs – extérieurs en façade. Aujourd’hui, on conserve ces éléments tels qu’ils furent conçus, à l’époque de l’entre-deux guerre, alors à l’apogée de l’avant-garde, du luxe et de la fonctionnalité

 Dans une Athènes où dominaient les maisons basses, populaires, les appartements représentaient le rêve urbain, avec les cuisines aménagées, les lavabos en marbre, les halls d’entrée spacieux avec salons, armoire-vestiaire et double toilettes.

Les fenêtres comme des hublots évoquent les  paquebots transatlantiques. Le luxe commence avec les deux entrées, sur la rue Arachovis et la rue Themistocle, avec les sols en marbre, les portes mêlant le bois et le cristal, la vaste loge de concierge et les boîtes aux lettres Jusqu’à la piscine qui avait été prévue mais qui n’a jamais été construite.

Et dire que K. Panagiotakos avait à peine 30 ans quand il conçut ce projet, s’attachant à chaque détail, du moindre bouton à l’ascenseur de service !

Rénovation avec mesure

 Intérieurement, l’immeuble bleu s’est maintenu en très bon état, bien qu’il y ait eu pas mal de changements à l’intérieur des appartements.  Par exemple, les élégantes baignoires à pieds étaient proches d’être percées, pour cette raison elles ont été remplacées par des modèles plus modernes, la dernière de ces baignoires d’origine se trouve dans la vieille chaufferie.

Dans certaines cuisines, on a aboli les celliers et on a ajouté un carrelage et des placards. 

« La plupart des gens qui vivent ici sont propriétaires. Ils ont fait des rénovations mais dans le respect du style moderniste » dit l’administrateur, qui réside dans l’appartement où habitait autrefois Sofia Vemvo**. « Je reçois continuellement des gens qui me demandent s’il y a des appartements à louer ou à acheter, mais il n’y en a pas de libres. Les jeunes architectes montrent aussi un intérêt particulier pour cet immeuble ».

 Qui ne voudrait pas habiter dans un appartement où ont vécu Dimitris Horn, Alexis Minotis avec Katina Paxinou, Dimitris Mirat et Voula Zouboulaki,  Freddy Germanos** et d’autres personnalités qui savaient la valeur de cet immeuble de légende.

 

Leonida Kyrkos * fut un leader de la gauche communiste

** célèbre chanteuse et comédienne de l’entre-deux guerre et de l’après-guerre et figure de la résistance culturelle au nazisme

***Comédiens de théâtre et acteurs, à l’exception de Freddy Germanos, célèbre journaliste et écrivain. 

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