A propos du match Serbie-Albanie

Le balancier des nationalismes dans les Balkans

Un article d’opinion  paru dans le journal Kathimerini, le 19 octobre 2014, par Nikos Kostantaras qui décrit bien la situation toujours incertaine dans les Balkans, et qui souligne à la fin, le rôle que pourrait  assumer l’Union Européenne à la recherche d’une vraie solution dans la région face au danger des nationalismes émergents.

Cliquer ici pour lire l'article en grec sur le site du journal Kathimerini

Dans les Balkans, personne ne devrait être surpris par l’issue (l’interruption forcée) du match de football entre les équipes nationales de Serbie et d’Albanie, mardi dernier à Belgrade. Malgré les progrès accomplis pour la normalisation de la situation entre les pays issus de la dissolution violente de la Yougoslavie, « sous les cendres de la guerre, les nationalismes brûlent encore » comme le souligne dans son article Stavros Tzimas, spécialiste (de la région.Pourquoi la région des Balkans ne parvient-elle pas à l’apaisement ?

La réponse immédiate est que beaucoup de litiges sont toujours en suspens. Le Kosovo, (où les Albanais ont proclamé leur indépendance en 2008 après l’intervention de l’OTAN pendant la guerre de 1999, constitue un cas représentatif du caractère inflammable des revendications géographiques et de la mémoire historique des différentes nationalités qui partagent la région. Tandis que le Kosovo faisait partie de la Serbie pendant des siècles, les Albanais en constituaient la majorité de la population pendant de nombreuses années. Lorsqu’en 1989 la dissolution de la Yougoslavie s’est profilée à l’horizon, le dirigeant serbe,Slobodan Milosevic, voulant consolider la supériorité des Serbes au Kosovo, a abrogé son autonomie, construisant ainsi son image de dirigeant nationaliste tout en suscitant la colère des Albanais. Les frictions ont conduit à la guerre de 1999 et à la proclamation de l’indépendance.

Les Serbes détenaient la « propriété » historique de la région mais les Albanais avaient acquis le droit à l’autodétermination (par l’usage, pourrait-on dire) et ils n’acceptaient pas de la perdre. L’intervention des Etats-Unis et d’autres membres de l’OTAN a semblé résoudre définitivement le problème au profit des Albanais. La Serbie, bien sûr,n’accepte pas le changement des frontières  et la perte d’une partie importante de son territoire, d’autant plus qu’il existe au Nord du Kosovo une minorité serbe qui veut rester partie prenante de la Serbie. Ainsi, malgré les pressions sur Belgrade exercées par l’Union européenne (dont Belgrade veut devenir membre), le problème reste sans solution. Comme c’est le cas avec d’autres litiges dans larégion, les parties concernées préfèrent vivre avec l’attente (et l’espoir d’une supériorité définitive sur leurs ennemis) que d’accepter une paix qui les engagera à l’acceptation d’un compromis, loin d’une victoire absolue. 

Les nationalismes extrèmes, qui mettent la passion du moment au dessus du profit à long terme que représente la coexistence avec les voisins, révèlent des sociétés en régression, vulnérables et angoissées par le besoin de s’imposer vis-à-vis des ennemis. Cela montre aussi que ces peuples n’ont pas confiance dans les règles internationales, la loi, et qu‘ils ne s’arrêtent pas aux conséquences réelles de leurs actions. Avec l’illusion qu’ils peuvent impser leurs revendications aux autres (toujours armés de leurs «raisons historiques), ils semblent ignorer le fait qu’ils n’ont probablement ni les équipements ni l’endurance exigés par la guerre. Peut-être ont-ils oublié, portés par leur enthousiasme et un narcissisme individuel et collectif qui les veut toujours vainqueurs, la douleur et le danger. 

Le seule vraie solution est l’intégration de telles régions sensibles dans des entités supranationales, qui pourraient assurer la sécurité et la prospérité des individus, des groupes et des nations, sans que la « propriété » d’espaces géographiques ait une telle importance.

C’était la promesse et la réussite de l’Union Européenne. Ne l’oublions pas à Bruxelles, à Paris, à Berlin. Ni dans les Balkans.

Traduit par La page grecque

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