59 photographies de Boissonnas

59 photographies majeures prises entre 1903 et 1923

 

59 photos de Frédéric Boissonnas qui ont été publiées sur le site "Lifo.gr".  Le lien peut être un peu lent à charger mais l'attente sera récompensée. 

Pour voir les photos, c'est ici. 

Pour mieux connaître les Boissonnas, on peut aussi regarder un magnifique documentaire, dont le commentaire est du grand écrivain Nicolas Bouvier.  A partir de la 19ème minute, il évoque les voyages de Fred Boissonnas en Grèce et l’on peut voir la grande échelle utilisée pour photographier les frises du Parthenon. 

Documentaire par Nicolas Bouvier

 

Frédéric Boissonnas et la Grèce. Un texte traduit du site "lifo.gr". 

Le travail de Fred Boissonnas, même s’il était bien connu en Europe au début du 20ème siècle, mérite qu'on y revienne aujourd'hui. Avec les progrès techniques, la découverte des couleurs, le caractère familier de la technique et la facilité des voyages, son œuvre pourrait aujourd'hui sembler désuète, mais le regard, s’il consent à se faire historien, voit sans peine la modernité de Boissonnas et ce qui le différencie des autres photographes qui ont silloné la Grèce. Car l’artiste, au-delà de son intérêt pour tout ce qui lui tombait sous les yeux, nous donne une image de la Grèce qui va plus loin que le témoignage ethnographique.

Sa grande fidélité à ce pays, son admiration se ressentent à travers une œuvre faite de tendresse et de passion qui, encore aujourd’hui après tant d’années, donnent une âme à ces morceaux de papiers qui auraient pu rester de simples photographies.

Fred Boissonnas

Le philhellène Fred Boissonnas, d'origine suisse, est le premier photographe étranger qui ait autant voyagé en Grèce, à partir de 1903 et au cours des trois décennies suivantes. Il a parcouru la Grèce du Péloponnèse jusqu'en Crète et jusqu'à Olympie, de l'Ithaque au Mont Athos. 

Il a visité, photographié, écrit. 

Un travail pionnier et essentiel pour le développement de la photographie grecque. 

A travers la photographie et ses albums, il présente un panorama de la Grèce de l'entre deux-guerre, en contribuant à la formation d'une opinion publique européenne favorable aux intérêts de la Grèce. 

La famille de Boissonnas est originaire du Sud de la France, de Livron, un village près de Marseille. Quand, en France, le climat politique devint hostile aux protestants, ses ancêtres, avec beaucoup d'autres familles, durent s'installer à Genève. L'origine de la famille ancrera en lui la conviction qu'il est le descendant d'une famille de navigateurs qui s'étaient installés là. 

Henri-Antoine Boissonnas, le père de Fred, fondateur d'une dynastie de photographes, a d'abord exercé la profession de graveur dans l'horlogerie de son père mais sa passion était la photographie. Cet amour, dont héritèrent ses fils, est à l'origine du premier studio qu'il ouvrira plus tard à Genève. 

Frédéric Boissonnas naît en 1858. Il est le premier des quatres enfants de Henri-Antoine et Sophie (Fred, Edmond-Victor, Caroline, Eva). 

(Les éléments biographiques sont pour leur grande part tirés du travail de Nicolas Bouvier, « Boissonnas, une dynastie de photographes (1864_1983, Payot, Lausanne, ) ». Doté d'un talent aux multiples facettes, Fred parvient à concilier le sport - l'alpinisme est une passion- avec les études. Il étudie le dessin à l'école des Beaux-Arts et la musique. Il est aussi un remarquable pianiste. La crise cardiaque qui immobilisera son père pour un temps, l'oblige, avant d'avoir terminé le lycée, à prendre en main l'atelier pour quelques mois. Malgré son inexpérience, il parvient à le développer. Revenu aux affaires, son père décide alors de l'envoyer compléter ses connaissances, d'abord à Stuttgart, à l'atelier de Brandseph, et plus tard, chez le Hongrois Kohler. Ce dernier l’influencera de façon déterminante.

Fredéric Boissonnas revient de Hongrie en 1880. Rapidement, il transforme l’atelier de son père en scène magique, utilisant des meubles, des compositions décoratives  des éléments de décoration et de scénographie dans un esprit très nouveau (…)

Les photographies de Fred Boissonnas se caractérisent par leur vivacité et lui apportent une reconnaissance internationale. Son atelier est toujours plein. A partir de l’année 1896 et suivantes, il reçoit de nombreux prix, à Paris, à Bern, à Vienne, à Chicago.

Il multiplie ensuite  les études sur la lumière. Il étudie le galop d’un cheval, en le décomposant en très courts laps de temps, au 1/100ème de seconde (…). Il fait des reportages, travaille pour la publicité, etc…

A l’exposition universelle de Paris, en 1900, il remporte le premier prix. A la suite de ce triomphe, Fred Boissonnas entreprend d’ouvrir un atelier à Paris, à Lyon et à Marseille. En 1902, avec l’Allemand Eggler, il achète l’atelier de l’Italien Passeta, place Nevski à St Petersbourg.  Eggler parvient rapidement à attirer dans leur magasin toute la bonne société de la ville. Dames d’honneur, ducs et duchesses, voïvodes, princes et princesses commencent à affluer pour des portraits.

Avant de partir pour l’Amérique, Edmond-Victor Boissonnas a préparé avec son frère quelques grandes plaques photographiques. Il a réussi à isoler un matériau photosensible, et il l’utilise pur, dans de grandes quantités, avec des résultats étonnants. (Emond Boissonnas n’a pas découvert ce matériau. Quelques photographes l’utilisaient déjà. Sa réussite tient dans le fait qu’il l’utilise pur).

(Edmond-Victor mourra en Amérique du typhus. Après la mort de son frère, Boissonnas travaille durement, seul cette fois, sur l’optique et la chimie de la photographie).

C’est à cette époque que Fredéric Boissonnas photographie le Mont-Blanc de loin, avec un téléobjectif qui a été construit en Angleterre. Pour la première fois dans l’histoire de la photographie, on distingue le bleu (du ciel) et le blanc (de la neige). (…) Cette photographie fera le tour du monde.

 Fred Boissonnas en Grèce

 Quelque années plus tard (1902) Fred reçoit un télégramme d’un Ecossais, Lord Nappier, qui lui fait cette commande « Allez faire pour moi au Mont Parnasse ce que vous avez fait pour le Mont-Blanc ». Avec le télégramme, Nappier a envoyé 1000 livres, somme qui doit couvrir les frais de cette mission. Invoquant sa charge de travail, Fred Boissonnas refuse. Il renvoie l’argent et ajoute « si dans un an, vous êtes dans les mêmes dispositions… » . 

Un an plus tard, (1903)  il trouve dans sa boîte aux lettres un nouveau télégramme avec le même contenu laconique. Cette fois, il accepte la proposition. Il emmêne avec lui son ami Daniel Baud-Bovy, recteur de l’Ecole des Beaux-Arts. (Daniel Baud-Bovy a 12 ans de moins que lui. Son père était peintre et il a grandi dans un milieu artistique. Il a travaillé avec Fred Boissonnas sur les publications : « les peintres de Genève » et « le calendrier de Genève » et une amitié profonde ainsi qu’une sensiblité esthétique commune les lient). Ils s’embarquent pour la Grèce avec leurs épouses.

Leur première halte en Grèce sera Corfou. (…) Ils sont enthousiasmés par les coutumes pascales de l’île. Ils arrivent finalement à Athènes et de là, au Mont Parnasse. Il faudra presque deux mois pour que Boissonnas trouve enfin un plan qui lui convienne de la montagne sacrée. Finalement, Fred et Daniel s’établissent à Ζεμενό Κορινθίας d’où ils peuvent avoir une vue panoramique du Parnasse. 

Au village, où l’on n'avait jamais vu de photographe, on organise une grande fête. Le prêtre du village leur céde sa chambre. Lui-même s’installera dans l’étable, avec son âne.

Quand le temps ne permet pas de photographier le Parnasse, Fred Boissonnas photographie les activités quotidiennes. Dès son premier voyage en Grèce, Boissonnas pense à lier son travail à la mise en valeur des atouts touristiques du pays.  (Voir de Georges Mathas : « Paysages et souvenirs de  Grèce d’après les photographies de Fred Boissonnas », une publication du périodique « Collections », Athènes). Dans une série de mémoires, il propose au gouvernement grec de le financer pour photographier la Grèce mais également les provinces qui devraient lui revenir (la Crète, une partie des côtes de l’Asie mineure, l’Epire, la Macédoine). 

Boissonnas entend mettre la force de la photographie au service de l’image de la Grèce à l’étranger. (Malheureusement, cette proposition pionnière ne sera acceptée que plus tard, comme nous le verrons pour l’Epire et la Macédoine). (Voir Henri-Paul Boissonnas, Asie mineure, 1921, Eirini Boudouri, l’Asie mineure de Fred Boissonnas, Musée Bénaki, Athènes).

En octobre 1907, rentrant d’Egypte, Fred Boissonnas se trouve à l’Acropole. Il a alors beaucoup de travail : il a besoin de vues pour le livre qu’il prépare avec Daniel Baud-Bovy et il doit en même temps recenser les monuments d’Athènes à la demande de l‘éditeur Eggiman.

Les frises du Parthenon

L’éclairage est admirable, la vue à couper le souffle, le Parthénon s’offre à lui seul « je réalise un rêve …je suis entièrement seul…c’est merveilleux de jouir d’un tel miracle » écrit-il. A la même époque, un compatriote de Boissonnas photographie également les monuments d’Athènes, l’archéologue Waldemar Deonna, qui collaborera ensuite avec lui  « Deux archéologues suisses photographient la Grèce,  Waldemar Deonna et Paul Collart, Athènes, 2001).

Plus tard, perché sur une echelle de 12 mètres, qu’il a commandée chez un menuisier local, il photographie la frise du Parthénon. Pour certains, cette photographie est un blasphème. Les frises ont été conçues pour qu’on les voient d’en bas. Mais tout le monde reconnaitra la valeur des photographies qu’il a faites du Parthenon après une forte averse.

En 1908, Fred Boissonnas entreprend de nouveau de voyager en Grèce. Il débarque à Egine, d’où il se rend à Epidaure, en Attique et parvient aux Météores. 

En août 1910, il publie l’album « En Grèce par monts et par vaux » qui porte sa signature et celle de Daniel Baud-Bovy. Malgré son prix très élevé, l’album est rapidement épuisé. Les critiques sont dithyrambiques. Daniel Baud-Bovy écrira : « Là ou certains n’ont rien cherché d’autre que des ruines, nous,  nous avons découvert une nature et un peuple ». De toutes parts viennent les lettres de félicitations. Tous, jusqu’à un jeune étudiant Grec alors insignifiant, Elefthérios Vénizelos, écrivent pour dire leur admiration.

En octobre 1911, Fred Boissonnas et Daniel Baud-Bovy reviennent en Grèce. Cette fois, leur destination est l’Egée et ses îles. Ils font escale à Skyros, à Tinos, à Myconos, à Délos, à Naxos, à Amorgos, à Santorin, à Sikinos, à Sifnos, à Paros et à Ios et parviennent en Crète. Vénizelos leur ouvre toutes les portes. 

Dans le sillage d'Ulysse...

En 1912, Fred accompagne l’helléniste Victor Bérard,  sur le navire «Calédonie » (Victor Bérard est un célèbre hélléniste français qui a traduit l’Odyssée).  La « Calédonie » passe par Parga. Mais les autorités turques n’autorisent pas les photographies et Fred doit se contenter de photographier depuis la mer. Quelques temps plus tard, quand Parga sera libérée, Fred s’enthousiasmera de pouvoir la photographier de près.

Fruit de ces efforts, « Dans le sillage d’Ulysse », ouvrage qui parait en 1932 à Paris, avec des textes de Victor Bérard et des photographies de Fred Boissonnas. En juin 1913, il revient en Grèce avec Daniel Baud-Bovy. Cette fois, il s’agit de parcourir le Nord dans le but de faire un nouvel album. Le gouvernement grec avait enfin répondu à sa demande de financement pour photographier les régions de l’Epire et de la Macédoine qui étaient revenues à l’Etat grec après la victoire dans les guerres balkaniques. (En 1913-1914, Fred Boissonnas reçut de l’ambassadeur de Grèce à Paris et ex-ministre des affaires étrangères, Άθω Ρωμάνο, la modeste somme de 5000 drachmes à laquelle avait consenti Georges Ier. Voir Eirini Boudouri . « La famille Boissonnas et la promotion des positions grecques « ).

Du voyage en Epire sortira l’album « L’Epire, berceau des Grecs » qui fait partie de la série « l’image de la Grèce ». Avec l’album, il devient manifeste que, malgré son asservissement séculaire, la région a  des liens indissolubles avec la Grèce antique. Le passé bysantin y est vivant, étroitement mêlé à la conscience religieuse des habitants de la région. La présence de l’armée grecque sur place est discrète. En fin de compte, l’idée de choisir pour couverture  la photographie de Dodone avec les chênes sacrés se révélera excellente et la parution de l’ouvrage représente une défense authentique des positions grecques à l’étranger.

Après l’Epire, Fred Boissonnas et Daniel Baud-Bovy empruntent l’itinéraire suivi par l’armée de mer et parviennent jusqu’à la frontière greco-bulgare, photographiant les nouveaux pays qui viennent d’être libérés.

Le 2 août 1913, avec le guide Cristos Kakalos, ils franchissent le plus haut sommet de l’Olympe, le Mytica (2918 mêtres) qui jusqu’alors était resté inaccessible. (Ils monteront deux autres fois sur l’Olympe : en 1919 et en 1927). Le 23 août Fred Boissonnas et Daniel Baud-Bovy expédient une longue lettre au consul général de Grèce à Genève, Petro Kapsabeli, dans laquelle ils proposent la fondation d’une maison d’édition pour les arts, pour l’impression d’albums iconographiques (…) 

Les Balkans et la Grande Grèce

Le 14 décembre 1918 est signé un accord entre Fred Boissonnas et le ministre des affaires étrangères, Nicolas Politis pour l’organisation d’une exposition à Paris ayant pour thème la Grèce. Le contrat final, qui sera signé le 27 mars 1919, prévoit la publication d’une série d’albums  (Smyrne, la Thrace, Constantinople, et l’hellénisme sans l'Asie mineure).

Les publications qui suivront témoignent de la présence de l’hellénisme dans la région des Balkans et, en même temps, préparent le terrain pour l’étape suivante de la réalisation de la « Grande idée ». Avec le soutien indéfectible de Eleftheros Venizelos, qui connaît et admire l’œuvre de Fred Boissonnas, le « mécanisme de propagande par l’image »  parvient à son apogée avec des publications et des expositions. En mai 1919, quelques jours après le débarquement des troupes grecques, Fred Boissonnas envoie à Smyrne le fils aîné de Edmond  pour photographier la ville pour l’album du même nom. Lui-même, avec son troisième fils Henri, partira pour Thessalonique et la région restante de Macédoine pour assembler des matérieux pour les autres albums (…qui constituent l’appui idéologique et iconographique de la promotion d’une grande Grèce et la preuve, par les photographies et le texte choisi, du caractère hellénique de ces régions.. comme l’écrit avec justesse Eirini Boudouri). Au cours de l’année 1919 sortent les albums « Smyrne » et « Salonique, la ville des belles églises ». En 1920-21, deux tomes sont édités sur la campagne de Macédoine « La campagne de Macédoine, 1917-1918 ».

Ces publications seront envoyées à toutes les ambassades grecques et à toutes les personnalités politiques éminentes de l’époque.

Le 5 juin 1921, Henri-Paul, avec un bon connaisseur, le colonel Fernand Feyler, débarque à Smyrne dans le but de couvrir en tant que reporter-photo la campagne de l’armée grecque, le colonel rédigeant les nouvelles du front. Fred Boissonnas réussira encore à convaincre le nouveau gouvernement grec de continuer la politique de Venizelos, envers le travail qu’il a entrepris, et le versement régulier des sommes consenties. (Sur ce point, Nicolas Bouvier écrit  de façon erronée que « …ses projets furent annulés en raison de la perte de pouvoir de Vénizélos). Comme nous le voyons, le génie commercial de Fred Boissonnas l’aura servi  une dernière fois, même si les retards en ce qui concerne les versements du gouvernement grec seront source de difficultés. (…)

La catastrophe d’Asie mineure marque l’effondrement financier des éditions Boissonnas. Quelques temps plus tard, il s’installe à Paris, où il achete l’atelier Cherry-Rousseau. Dans sa clientèle, on compte des artistes et des intellectuels mais la période faste est définitivement révolue. Mais l’infatigable Boissonnas continue ses voyages avec un enthousiasme adolescent. Avec l’ingénieur Paul Trembley, il retourne en Egypte (1929) et l’année suivante, au printemps, il photographie le mont Athos (Fred Boissonnas, le mont Athos en 1930, texte Bertrand Bouvier 1994). 

Un an plus tard, il fait paraître « Le tourisme en Grèce » avec une riche iconographie tirée de son travail en Grèce et des textes de sa main.

Ses difficultés économiques le conduisent à la vente, entre autre, de l’atelier historique de Genève, situé Quai de la Poste et sa maison. A partir de cet instant et pour les années à venir, Boissonnas vit chez ses enfants. Augusta, la femme de Fred, ne pourra surmonter la mort inexpliquée de leur fille Lilette. Elle est nerveusement profondément ébranlée et s’éteint en 1940. Fred Boissonnas la suivra 6 ans plus tard. Les derniers jours de sa vie, il les passe dans une petite chambre, près de sa plus jeune fille Daniele. De ses écrits des deux dernières années de sa vie, qui décrivent des phénomènes étranges, il semble que Fred Boissonnas passe par des moments d’intelligence lucide et de folie : il pense qu’il se trouve dans un palais de porphyre où il entend des musiques étranges (…) 

 

 

 

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