Le musée byzantin et chrétien a 100 ans

Article traduit du site LIFO.gr.  Cliquer ici pour la version originale (et les photos).

Le musée d’art byzantin a 100 ans.Nous vous emmenons visiter le diamant le plus silencieux d’Athènes. Lifo a interrogé ceux qui lui donnent vie.

C’est un musée national et, sur le plan international, l’un des plus importants pour l’art et l’histoire de la culture de l’époque byzantine et post-byzantine. Il dispose de plus de 25 000 objets, organisés en collections qui vont chronologiquement du troisième au vingtième siècle et proviennent principalement d’un large espace géographique comprenant la Grèce, l’Asie mineure et les Balkans. L’événement le plus important organisé par le musée byzantin pour ses cent ans est la rééexposition de ses collections permanentes, un travail qui a commencé en 2000 et auquel s’emploie l’ensemble du personnel scientifique du musée.

 Le musée se situe dans la Villa Ilissia. Il a appartenu à la duchesse de Plaisance et c’est l’une des plus belles constructions érigées à Athènes, lorsque celle-ci devint la capitale du jeune Etat nouvellement formé.

La Duchesse avait chargé l’architecte Stamatis Kleanthis de la construction de ses résidences, et parmi celles-ci la Villa Ilissia, qui était sa résidence secondaire l’hiver. Elle se trouvait entre les rives du fleuve Ilisos, qui est aujourd’hui couvert et l’avenue nouvellement construite pour relier Athènes et Kifissia. L’actuelle avenue de la reineSofia était alors l’un des plus beaux boulevards d’Athènes, un symbole de l’européanisation de la nouvelle capitale.

Le palais de l’Ilisos est en réalité un ensemble de bâtiments. La construction de la villa Ilissia fut achevée en 1848. Elle fut habitée par la duchesse jusqu’à sa mort en 1854. Ensuite, l’ensemble revint au domaine public et abrita pendant trois ans l’Ecole des Evelpides (aspirants) et ensuite certaines instances dirigeantes de l’armée. En 1926, la villa Ilissia fut concédée à l’Etat pour abriter le musée byzantin et chrétien. L’intérieur fut réaménagé pour les besoins de ce nouvel usage par l’architecte Aristote Zarou  et selon les conceptions muséographiques  du directeur du Musée Georges Sotiriou.

La transformation de la cour suivit les plans de l’architecte Kimona Laskari. En 1930, quand le musée byzantin et chrétien ouvrit les portes de sa nouvelle résidence permanente au public, une nouvelle période commença pour la villa Ilisia.  Aujourd’hui, le musée s’est développé sur plusieurs niveaux au dessus de l’ensemble construit pour la duchesse. Il s’agit du nouveau musée construit selon les plans de l’architecte Manos Perrakis en 1987-1992. 

 Le musée byzantin et chrétien est fondé finalement en 1914 par la loi 401. Il est administré par la commission en charge des Antiquités avec à sa tête le prince Nicolas et pour directeur le professeur Adamandios Adamandiou. En 1923, le noyau central de ses collections était déjà constitué.

 La collection de statues fut créée à partir des œuvres collectées sur les monuments en Attique et qui avaient été rassemblées au Thiseio et dans les dépôts du musée archéologique national. Les collections d’icônes, d’objets d’art de petite taille, de manuscrits et de textiles ont été rassemblés à la fois à partir d’achats et de dons, de même que les reliques qui proviennent de monastères de Grèce ou de communautés grecques hors de Grèce.

 Après la catastrophe d’Asie mineure, en 1923, Georges Sotiriou prend la direction du musée. Il est responsable des Antiquités byzantines depuis 1915. Aussitôt après sa nomination, il incorpore au musée la collection du département des antiquités chrétiennes. Le but du nouveau directeur est de faire du musée « le musée national par excellence » qui constituerait également un « musée modèle pour tout l’Orient ». En 1930, le musée est établi définitivement Villa Ilissia. A partir des années 50 commencent les premières expositions périodiques, l’une avec les icônes peintes de Fotis Kontoglou et l’autre avec les mosaïques de Ravenne. (…). Nous abrégeons ici la liste des directeurs du Musée depuis 1950.

 Pour les 100 ans du musée et sur sa place aujourd’hui, nous nous sommes entretenus avec sa directice Anastasia Lazaridou.

 Quelle est la première chose que vous pourriez nous dire sur le musée ?

 Ce qui a une grande importance est que le musée est un musée d’aujourd’hui. Ce qui doit être notre but, ce sont ses relations et ses liens avec aujourd’hui, et la mise en lumière des caractéristiques de l’époque byzantine doit se faire au profit de la société et de l’ensemble social le plus large. Aujourd’hui, ce qui constitue la politique du musée byzantin, consiste à apporter au public sur Byzance une connaissance de qualité, à le rendre familier de l’histoire et de la culture de l’époque byzantine, qui sont présentées ici de façon synthétique et inédite puisque quelqu’un qui rentre dans le musée peut parcourir des pans de la culture byzantine du troisième au vingtième siècle.

 Quel est l’événement le plus important pour ce centenaire ?  

 Le plus important est la réexposition des collections permanentes, un travail qui a commencé en 2000 et occupe l’ensemble du personnel scientifique du musée. Beaucoup de disciplines spécialisées [ont été mises à contribution…ndt] et beaucoup de confrères ont travaillé en ce sens avec pour  résultat la reconnaissance, je pense, non seulement du public grec, mais aussi du public international. On peut voir non seulement des objets d’art mais aussi la continuité dans la culture byzantine, mise en valeur méthodiquement. Je considère également comme une contribution importante pour le centenaire la partie qui va du 15ème au 19ème siècle, traitée d’une façon unique, méthodiquement, et présentée pour la première fois au public. 

Pourquoi la période post-byzantine est-elle si importante?

 La période, que nous appelons de façon conventionnelle post-byzantine, c'est-à-dire après la chute et après Constantinople, est une période particulèrement complexe, particulièrement difficile qui n’a jamais été montrée ainsi, tant au niveau de la manière synthétique dont nous l’envisageons qu’à travers le choix d’en faire une exposition permanente. Je pense par conséquent que c’est une occasion unique de voir, non seulement l’art produit dans les périodes d’occupation, parce que Byzance est soit sous domination vénitienne, soit sous domination ottomane, mais aussi de confronter le visiteur aux moments fertiles de créativité de cette période complexe. Cette partie de l’exposition permanente a commencé en 2000 et a été achevée en 2010, sous la supervision scientifique de Dimitrios Konstandios.

 Parlez-nous un peu de ces nouveaux espaces d’exposition qui ont été ajoutés.

 Nous avons ajouté une partie importante qui est le palais de la duchesse de Plaisance, et en 2011, elle a été ouverte au public. Nous avons donc de nouveaux espaces d’exposition. Il s’agit d’un batiment splendide qui a été réaménagé pour passer d’une résidence d’hiver à un lieu d’exposition moderne. Le palais était le cœur du musée byzantin, nous avons donc gardé le noyau historique et nous l’avons transformé en lieu d’expositions. Et nous proposons également au public un « bar-restaurant » moderne, ainsi qu’une boutique. Voilà pour ce qui concerne les aménagements de l’ensemble du musée.

 En quoi est-ce important de faire le lien entre la période actuelle et Byzance ?

 Nous considérons comme important de montrer, non seulement l’universalité et la valeur de la culture byzantine, mais aussi les caractéristiques qui forment de façon substantielle l’art de la société occidentale. Ca, une grande part du public ne le sait pas, contrairement à une autre partie, plus spécialisée. Cette arme n’a jamais été mise en avant. C'est-à-dire de montrer les liens de l’époque byzantine avec l’art occidental. Byzance a joué un rôle très important, parce que après la bataille des icônes, nous avons un art, nous avons une peinture essentiellement figurative. De même, les savants byzantins sont ceux qui ont fondé la première université en Italie et ils n’apportent pas seulement la littérature grecque classique mais aussi la littérature byzantine, c'est-à-dire qu’avec les savants byzantins commence toute l’histoire. Par conséquent, je tiens à dire que la culture byzantine apporte beaucoup, et que c’est particulièrement utile de la connaître.

 De quelle façon le musée fait-il le lien entre l’art byzantin et l’art moderne ?

 C’est une grande préoccupation pour nous, l’objet de tous nos soins et un devoir de montrer les liens entre la peinture byzantine et l’art moderne. Je crois que nous le faisons d’une façon cohérente, qui prend appui sur la politique culturelle que nous menons ces dernières années. Avec l’art moderne, il ne s’agit pas de chasse aux clients ni de quelque chose d’irréfléchi ou d’improvisé. Au contraire, cela s’appuie sur un travail sérieux, structural et je crois que cela permet de mettre en lumière les liens fondamentaux entre l’art byzantin et l’art moderne.

 Quelles expositions ont lieu actuellement ou vont avoir lieu ?

 Au palais de la duchesse, qui est maintenant un lieu d’expositions temporaires, nous avons l’exposition du mois. C’est une institution qui a été lancée de façon pionnière par le musée et Konstandios il y a plusieurs années. L’exposition actuelle présente des « talking Icons », les icônes qui parlent. Et il y a aussi l’exposition d’ex-voto de Dimistris Kondos, un artiste important qui n’a pas été largement connu. Dans l’espace intérieur il y a aussi le navire couvert d’offrandes de Kalliopi Laimou. Kondos et Laimou ont deux approches différentes des ex-votos. Nous veillons à ce que les expositions aient un lien entre elles et à ce qu’elles donnent une image complète. En novembre, nous avons l’exposition « Dominikos Theotokopoulos, avant Le Greco», qui met l’accent sur l’environnement, l’entourage de l’artiste avant qu’il ne devienne « Le Greco ».

Cette exposition commence le 19 novembre et dure jusqu’à la fin de mars. Ensuite, il y a les 50 ans de la mort de Kontoglos. Une exposition de Liza Manola. Nous exposerons un matériel iconographique sur les rituels en Ethiopie. Et ensuite, il y a l’exposition sur la Delphes byzantine, où l’on montre la continuité artistique et religieuse de Delphes dans le monde chrétien.

Jusqu’au 30 octobre nous présentons le manuscrit qui a été rapatrié du musée Getty et qui part au monastère de Dionysiou, qui maintenant provisoirement est au musée. En ce moment, quelque œuvres splendides du musée se trouvent en Amérique et je crois que ce n’est pas possible pour un grand musée de proposer des espaces vides. A la place des objets exposés que nous avons prêtés, nous avons des icônes qui proviennent du musée de Kastoria et qui sont présentées en cohérence muséographique pour remplacer nos icônes.

Et puisque nous sommes dans ce lieu magnifique, en plein centre d’Athènes, nous souhaitons ouvrir des débats …Les expositions doivent être l’occasion d’un dialogue avec l’art grec contemporain. 

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